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Appel à contributions : Revue scientifique "Chroniques du travail" n°17

Comprendre les transformations du travail : dialogues interdisciplinaires autour des mutations contemporaines

Dans un paysage sociétal dominé par une concurrence internationale, un affaiblissement des protections sociales et juridiques du travail, des transformations des organisations et qui se caractérise par une diversification des aspirations individuelles et des préoccupations collectives, le travail reste au coeur de nombreuses mutations qui nous entourent. Ces mutations ne sont pas nouvelles si l’on s’intéresse à l’histoire du travail. Mais depuis la fin du XXème siècle, celles-ci s’accélèrent, se multiplient sous des formes et des aspects différents : automatisation numérisation ou digitalisation des tâches, nouvelles activités de production, constitution de nouvelles économies, recomposition des formes d’emplois (flexibilité, plateformisation du travail), évolutions démographiques. A quoi s’ajoutent une mondialisation et complexification des structures organisationnelles et institutionnelles ou encore la prise en compte du dérèglement climatique et les défis écologiques … autant de processus à l’oeuvre qui bouleversent en profondeur le travail, son organisation, ses modes de rétribution, les relations professionnelles et les risques auxquels sont exposés les travailleurs et les travailleuses. Ces mutations contemporaines, à la fois rapides et systémiques, soulèvent ainsi des enjeux majeurs en matière de protection, de prévention, de régulation du point de vue de la réalisation de l’activité, de la santé, des inégalités, de la cohésion et de l’intégration sociale ou du sens du travail…


L’envergure des thématiques portant sur les mutations du travail et de son avenir est donc grande. Ce 17e numéro de la revue Chroniques du travail vise à explorer les différentes dimensions de ces transformations, tant sous le prisme des facteurs, des processus qui y conduisent, des mécanismes de mise en oeuvre, de leurs enjeux, de leurs effets que sous l’angle des instruments et des dispositifs susceptibles d’anticiper, d’accompagner et de réguler leurs impacts.
 

Ce nouveau numéro de la revue s’inscrit donc dans le cadre d’une réflexion plus élargie encore que les précédents en s’appuyant sur les interactions entre différentes disciplines. Si les Sciences Humaines et Sociales apparaissent comme une évidence pour étudier les transformations du travail, ce 17e numéro ambitionne de mobiliser également d’autres disciplines pour nourrir la réflexion : les sciences de la nature, de l’écologie, l’informatique, les mathématiques, les sciences médicales, l’ergologie, les sciences du mouvement, les sciences numériques et toutes les sciences de l’ingénieur. L’objectif est bien d’ouvrir un dialogue entre toutes les disciplines sur les mutations du travail et d’analyser sous des angles divers les dynamiques profondes qui traversent le travail et le transforment.
Sans ambition d’exhaustivité, les contributions pourront notamment s’inscrire dans l’un des axes suivants ou aborder plusieurs d’entre eux.

Conseil

Pour chacun des axes, les propositions reposant sur des regards croisés entre disciplinesseront aussi très appréciées. La revue accordera également une attention particulière aux contributions coécrites associant chercheurs / chercheuses (de différentes disciplines) et professionnels / professionnelles, susceptibles d’enrichir l’analyse des transformations du travail par la confrontation des savoirs scientifiques et expérientiels.

Axe 1 – Du passé à l’avenir : quelles sont les mutations du travail ?

Le numéro invite à s’intéresser aux multiples transformations qui apparaissent dans le temps et dans différents espaces - au sein des organisations, des entreprises, des territoires ...-.
Au XIXème siècle, sous l’effet de la révolution industrielle, le passage d’une économie agricole et artisanale à une économie industrielle est déjà marqué par une recomposition du travail : généralisation du salariat, déplacement du travail vers l’usine, centralité de la subordination juridique du travailleur à l’employeur, émergence des premières luttes sociales, naissance du droit du travail … Ces recompositions emportent avec elles une valorisation du travail inédite dans l’histoire par sa radicalité, jusqu’à l’émergence d’une véritable glorification qui fait du travail une valeur centrale, à laquelle la dignité humaine serait désormais conditionnée, comme le philosophe allemand Friedrich Nietzsche le dénonce dès la fin du XIXe siècle. Les transformations du travail sont ainsi associées à une transformation de sa représentation et l’apparition d’une morale sociale du travail faisant de l’utilité sociale et de la capacité à faire des corvées l’aiguillon de l’existence individuelle.
Le début du XXème siècle se caractérise par le développement du Taylorisme et du Fordisme reposant sur la rationalisation du travail : séparation entre conception/production, standardisation des tâches et des gestes, production de masse, travail à la chaîne, intensité du travail… Ce mode d’organisation du travail orienté vers la recherche prioritaire de la performance est fondé sur une séparation stricte entre celles et ceux qui doivent penser le travail et celles et ceux qui n’ont plus qu’à exécuter des procédures qui ont été pensées par d’autres. Le taylorisme induit par là même une forme de dépossession intellectuelle des travailleurs et des travailleuses de leur propre travail dont les effets mortifères sont dénoncés par nombre de chercheurs et chercheuses notamment en sociologie et en philosophie (on pense aux travaux de Weil et de Canguilhem) dès les années trente. Si de multiples corrections ont été apportées au modèle taylorien au fil des théories managériales, celui-ci se présentant sous des traits différents imprègnerait encore largement l’organisation du travail (1).
Après une période de stabilisation d’après-guerre toute spécifique, un nouveau tournant fait jour à partir des années 1970 sous l’effet de la mondialisation économique et des nouvelles technologies. D’un côté la flexibilisation et la précarisation du travail, l’externalisation et la sous-traitance, de l’autre, le déclin de l’industrie et la tertiarisation de l’économie se traduisent par des transformations profondes du travail, des relations professionnelles et des cadres normatifs qui les entourent. Face à ces transformations certains et certaines (parmi lesquels Rifkin, Meda, Forrester entre autres) vont jusqu’à annoncer l’aube d’une fin du travail humain faisant écho aux analyses en bien des égards prophétiques de la philosophe Hannah Arendt qui souligne les dangers d’une société structurée autour du travail (2), tandis qu’il serait prêt de devenir une valeur en voie de disparition (3).
Les contributions pourront ainsi adopter une perspective historique afin d’aborder les mutations du travail depuis le XIXème siècle en mettant en lumière les continuités et les ruptures.
Depuis la fin des années 1990, les mutations deviennent de plus en plus rapides et systémiques sous l’effet de différents facteurs. Sur un fond de concurrence internationalisée, l’accélération des innovations technologiques et la révolution numérique y participent au premier plan. L’automatisation ou la robotisation des tâches, la mécanisation, la digitalisation, l’émergence de l’intelligence artificielle ainsi que l’essor des technologies de l’information et la communication (TIC) ont modifié tant les pratiques du travail, les manière de faire et de produire, que les façons d’échanger, d’interagir et de traiter l’information. Par exemple, les TIC ont largement conduit à modifier des organisations du travail avec la pratique du télétravail ou du travail à distance et ont redéfinit les temporalités et les espaces de travail. Parallèlement, ce sont les frontières du travail avec les différentes sphères de la vie sociale qui sont redessinées. Dans le même temps, l’introduction des nouvelles technologies et leurs usages ont favorisé la diversification des statuts d’emploi tout autant qu’ils redessinent les contours du salariat : développement du travail indépendant, économie des plateformes, ubérisation du travail …
Les contributions pourront ainsi questionner le développement des technologies et des instruments numériques dans notre société et leurs usages ainsi que les changements qui s’opèrent dans l’activité et les relations d’emploi en interrogeant ce que travailler signifie avec l’ensemble de ces innovations. Quels futurs du travail se dessinent, entre promesses d’émancipation, risques de précarisation et nouvelles inégalités ? Des travaux récents en sociologie du travail (notamment ceux de Carbonell) ont déjà établis que les innovations technologiques déplacent, reconfigurent et intensifient souvent le travail plutôt qu’elles ne le suppriment. Mais aussi, l’émergence de nouveaux prolétaires du numérique et de la logistique pour lesquels le travail est intensifié et sous surveillance.
Par ailleurs, les enjeux écologiques tels que le dérèglement climatique, les pertes de la biodiversité, l’atteinte des limites planétaires, l’importance des pollutions qui rendent nécessaires la transformation des relations entre les société humaines et l’environnement traversent inéluctablement le monde du travail. Que l’on mobilise la croissance verte ou des perspectives plus radicales de décroissance ou de post-croissance, les processus de transition écologique impliquent un profond bouleversement des emplois et du travail. Dans ce champ, les contributions pourront aborder un large éventail de sujets, parmi lesquels les transformations des processus productifs, des organisations, des entreprises à travers par exemple les organisations alternatives (4), de nouvelles formes de gouvernance, l’évolution du salariat, mais aussi le verdissement des métiers ou l’émergence des métiers verts (5), ou encore à l’inverse, le déclin de certains secteurs ou filières professionnels, qui conduisent dans un cas comme dans l’autre à des bifurcations, des transformations d’emplois et de compétences faisant appel tantôt au renouvellement des formes de gestion de ressources humaines tantôt aux dispositifs de formation et de reconversion.
Ces questions invitent encore ici à interroger le travail dans des contextes pluriels et complexes nécessitant la prise en compte des dynamiques spatiales et temporelles.
Dès lors qu’on adopte une démarche d’analyse prospective des mutations du travail, les nouvelles technologies, en l’occurrence l’expansion de l’intelligence artificielle, ainsi que les défis écologiques occupent naturellement les esprits en ce qu’ils représentent des enjeux majeurs d’évolution du travail et plus largement de la société. Il n’en demeure pas moins que d’autres enjeux, d’autres phénomènes (géographiques, politiques, militaires, scientifiques…) participent sans nul doute de ces mutations et pourront être traitées dans ce numéro.
 

Références

1 D. LINHART. L’insoutenable subordination des salariés, Toulouse, Érès, 2021.
2 H. ARENDT. Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, 2018 (1ère édition 1958).
3 D MEDA. Le travail, une valeur en voie de disparition, Paris, Aubier, 1995 (reedition 2010).

4 D. VIJAY, H. BERKOWITZ, B. HUYBRECHTS, L. K AUDEBRAND, M. BARROS, M. FOTAKI, 2026, Another World is Possible, It’s Already Here : A Review and Research Agenda of Alternative Organizing, Academy of Management Annals, 20(1) : 155-203.
5 O. FOLI, , E. SULZER, La transition écologique dans les métiers de la construction : l’encadrement de chantier en première ligne, Céreq Bref, n°448, Décembre 2023, 4 p.

Axe 2 – Reconfiguration du travail : comment travailler dans un monde en transformation ?

A travers les évolutions de la société et les crises qui la traversent, les mutations du travail - anciennes comme contemporaines mais aussi diverses selon les métiers, les secteurs, les statuts ou encore les organisations - s’inscrivent dans une dynamique de recomposition des formes d’activité et d’emploi qui pourront être examinées tant au regard des logiques à l’oeuvre que de leurs effets sur les individus ou les collectifs de travail, dans un cadre général, sectoriel ou territorial, en mobilisant possiblement les expériences vécues.
Les mutations du travail comportent des enjeux et ont des effets qui peuvent être ambivalents. Si d’un côté, elles sont porteuses d’opportunités et d’innovations en termes de métiers ou de pratiques professionnelles, de l’autre, elles engendrent de nombreux risques aussi bien sur les emplois que sur la réalisation du travail. Ce sont ces enjeux et ces effets ambivalents que les contributions pourront interroger sous des dimensions multiples : sous le prisme des parcours professionnels, de l’évolution des rapports sociaux, de la recomposition des collectifs de travail, ou encore des inégalités sociales, de genre ou de territoire … Dans cet axe, la dimension relative aux conditions de travail et à la santé des travailleurs mérite également une attention particulière en ce qu’elle se prête particulièrement à une approche interdisciplinaire mobilisant le droit, l’ergonomie, la psychologie, la sociologie, la gestion, les sciences médicales ou encore les sciences du mouvement, etc.
A titre d’exemple, la progression du travail à distance et des activités numérisées invite à interroger leurs effets sur les conditions de travail, notamment en matière de sédentarité professionnelle et d’inactivité physique. Elle conduit également à s’intéresser aux dispositifs organisationnels susceptibles de prévenir ces risques et de favoriser le mouvement au quotidien. Le télétravail illustre également le caractère ambivalent de certaines transformations du travail : s’il peut contribuer à un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, il peut aussi renforcer certaines formes de contrôle de l’activité et fragiliser les dynamiques de socialisation au sein des collectifs de travail.
De la même manière, l’introduction de l’intelligence artificielle dans les activités professionnelles permet d’automatiser certaines tâches répétitives et d’accélérer des processus, mais elle peut également conduire à une intensification du travail, à une pression temporelle accrue ou encore à des craintes croissantes de destruction d’emplois notamment qualifiés. En intervenant dans des tâches de traitement de l’information, d’analyse ou d’aide à la décision, ces technologies interagissent désormais directement avec les processus cognitifs humains tels que la perception, la mémoire, l’attention ou encore la prise de décision. Cette évolution conduit à repenser les interfaces homme-machine et les systèmes centrés sur l’humain afin d’adapter les outils numériques aux capacités comme aux limites cognitives des travailleurs et travailleuses, dans une perspective de réduction des erreurs, d’amélioration de l’efficacité et de préservation du bien-être (6). Dans ce contexte, les enjeux de l’ergonomie cognitive apparaissent particulièrement importants et multiples. Comment l’intelligence artificielle affecte-t-elle les processus cognitifs humains ? Comment concevoir des systèmes capables de soutenir l’activité sans générer de surcharge cognitive ? Comment prévenir les erreurs liées à une coopération insuffisamment maîtrisée entre humains et systèmes automatisés ? Les contributions pourront ainsi interroger ces nouvelles formes d’interaction entre travail humain et intelligence artificielle, ainsi que leurs effets sur l’activité, les conditions de travail et la santé des travailleurs et travailleuses.
Ces mutations s’accompagnent également d’une reconfiguration des charges physiques et de l’activité corporelle au travail. La tertiarisation et l’automatisation ont réduit l’effort musculaire dans de nombreux métiers, favorisant la sédentarité, tandis que d’autres secteurs (logistique, livraison, soins, construction, etc.) concentrent encore une part importante de la pénibilité corporelle (7). Cette coexistence entre sédentarisation massive et pénibilité physique concentrée interrogent les modèles ergonomiques de prévention au travail (8).
Les contributions pourront ainsi questionner les transformations des exigences physiques du travail au regard des évolutions organisationnelles et technologiques. Comment se redistribuent aujourd’hui les charges physiques entre secteurs, métiers et catégories de travailleurs ? Dans quelle mesure les nouvelles formes d’organisation du travail participent-elles simultanément à la réduction de certaines contraintes physiques et à l’émergence de nouveaux risques liés à la sédentarité, aux postures prolongées ou à l’intensification du travail ?

L’ensemble des transformations invitent aussi à renouveler les approches de la charge de travail et du bien-être. Les Sciences du Mouvement discutent notamment le concept de charge au travail en montrant comment les travailleurs et travailleuses mobilisent des ressources physiques, cognitives et émotionnelles pour accomplir une tâche. Le bien-être au travail, pensé comme un état multidimensionnel, dépend ainsi des interactions entre charge de travail, ressources individuelles et ressources organisationnelles (9). Dans cette perspective, le modèle de Karasek de 1979, revisité par Nahrgang et al. en 2020 (10), envisage la charge de travail comme un facteur de stress dont les effets varient selon les exigences quantitatives et qualitatives du travail, l’autonomie laissée aux individus ainsi que le soutien social disponible dans l’environnement professionnel. La relation entre charge de travail et bien-être n’est donc pas linéaire : elle dépend de multiples facteurs modérateurs tels que les compétences, l’autonomie, le sens du travail, l’environnement physique ou encore la culture organisationnelle (11). Une charge de travail mal adaptée peut ainsi entraîner des conséquences importantes pour les individus comme pour les organisations, qu’il s’agisse du burnout, des troubles musculo-squelettiques (TMS) ou plus largement des atteintes à la santé physique et mentale.
Dans cette perspective, les transformations du travail affectent simultanément les dimensions physiques, cognitives et émotionnelles de l’activité.
Par conséquent, les contributions pourront examiner les solutions ergonomiques et organisationnelles visant à rééquilibrer la charge de travail : priorisation des tâches, organisation temporelle, développement de compétences permettant de limiter la surcharge cognitive ou encore dispositifs favorisant la prévention des risques professionnels (12).
Au-delà de la charge du travail, les approches ergonomiques et biomécaniques pourront également être mobilisées plus largement afin d’analyser les transformations des environnements et des situations de travail à partir de l’activité réelle, des contraintes physiques et cognitives, des gestes professionnels, de la fatigue, des stratégies d’adaptation ou encore des marges de manoeuvre des travailleurs et travailleuses.
Les questions des conditions de travail et de santé des travailleurs et travailleuses amènent à élargir la réflexion autour de l’évolution du sens du travail. Dans les sociétés modernes, le travail occupe historiquement une place centrale : il constitue à la fois une activité de réalisation de soi, une source de revenus et de droits sociaux, mais aussi un vecteur d’intégration et de lien social. Les mutations qui traversent les sociétés contemporaines bouleversent-elles cette signification ? Ainsi, seront bienvenues des contributions portant sur les mutations contemporaines comme possibles vecteurs d’émancipation individuelle ou collective ou, au contraire, sources d’asservissement de l’humain au travail.
Dans le prolongement, le numéro accueillera aussi des articles portant sur le rapport que les individus entretiennent avec le travail et leur activité professionnelle et la place qu’elle occupe dans leur existence vis-à-vis des transformations en cours. Comment les travailleurs et travailleuses et leurs représentants perçoivent-ils une activité qui se transforme et les organisations qui les emploient ? Les contributions pourront ainsi s’attacher tant aux formes d’adhésion, que de résistance ou de conflit suscitées par les transformations du travail. Si certains travailleurs et certaines travailleuses peuvent voir dans ces évolutions des opportunités d’émancipation ou de reconnaissance, d’autres les redoutent lorsqu’elles s’accompagnent de contraintes accrues, de risques, de pertes de sens ou de menaces sur l’emploi. Dans ce contexte, le regard générationnel mérite d’évidence d’être posé. En quoi les évolutions démographiques et le vieillissement au travail façonnent-ils ces perceptions ainsi que les adaptations attendues ?

Références

6 J.R WILSON, CORLETT, Evaluation of Human Work, Eds. Taylor & Francis, Bureau of Labor Statistics, London, 2005.
7 N. HAVET, A. PENOT, Trends in exposures to physically demanding working conditions in France in 2003, 2010 and 2017, European Journal of Public Health, Volume 32, Issue 1, February 2022, Pages 73–79, https://doi.org/10.1093/eurpub/ckab195 
8 L. STRAKER, S.E MATHIASSEN. Increased physical work loads in modern work – a necessity for better health and performance? Ergonomics, 52(10), 2009, 1215–1225. https://doi.org/10.1080/00140130903039101

9 J.M CASTILLO, E GALY, P. THEROUANNE. Le Technostress et sa relation avec la charge mentale en contexte professionnel, Psychologie du Travail et des Organisations, 29:4, 2023, pp 197-213. https://doi.org/10.1016/j.pto.2023.06.001
10 C. ZHANG, C., J. D. NAHRGANG, S. J. ASHFORD, & D.S. DERUE. The risky side of leadership: Conceptualizing risk perceptions in informal leadership and investigating the effects of their over-time changes in teams. Organization Science. 31 (5), 2020, pp. 1138—1158.
11 J. DUL, R. BRUDER, P. BUCKLE, P. CARAYON, P. FALZON, W. S. MARRAS, J.R WILSON & B. VAN DER DOELEN. A strategy for human factors/ergonomics: developing the discipline and profession. Ergonomics, 55(4), 2012. 377–395. https://doi.org/10.1080/00140139.2012.661087 
12 C. GERDENITSCH, C., D. WURHOFER, M. TSCHELIGI. Working conditions and cybersecurity: Time pressure, autonomy and threat appraisal shaping employees’ security behavior. Cyberpsychology: Journal of Psychosocial Research on Cyberspace, 17(4), 2023. Article 7. https://doi.org/10.5817/CP2023-4-7 

Axe 3 – Réguler les transformations du travail : prévention, acteurs et pouvoirs d’agir

Si les mutations du travail peuvent être porteuses d’opportunités, elles engendrent également de nombreux risques qu’il convient d’anticiper, d’accompagner et de réguler. Les questions de prévention apparaissent donc centrales, qu’il s’agisse de prévenir les risques professionnels, d’accompagner les transformations organisationnelles et les trajectoires professionnelles ou de penser les nouvelles formes de régulation du travail.
Si l’on pense aux risques liés à la digitalisation, au développement de l’intelligence artificielle, à la multiplication des flux d’information ou encore aux formes de travail hybride, on constate que les modèles classiques de prévention montrent aujourd’hui leurs limites. Les enjeux de prévention ne se réduisent plus aux seuls risques physiques, biologiques, chimiques ou même psychosociaux ; ils intègrent désormais des dimensions telles que la surcharge cognitive, l’hyperconnexion, la surcharge informationnelle, l’accélération des transformations des outils de production ou encore la pression d’adaptation permanente. À ces phénomènes s’ajoutent l’effacement progressif des frontières entre les lieux et les temporalités de la vie professionnelle et personnelle, ainsi que l’émergence de nouvelles formes de relations contractuelles, susceptibles de renforcer les zones d’incertitude dans la répartition des responsabilités entre les différents acteurs de la prévention. Il s’agit d’une illustration parmi bien d’autres car les enjeux écologiques, mondialisation des organisations, ou la flexibilisation du travail… redessinent également les contours de la régulation du travail.


Les contributions pourront ainsi interroger les réponses susceptibles d’être mobilisés face à ces évolutions qui s’accélèrent depuis plusieurs années : dispositifs organisationnels, instruments de prévention, cadres juridiques et institutionnels, outils de pilotage, nouvelles formes d’accompagnement des travailleurs et travailleuses ou encore mobilisations collectives. Des approches telles que la préparation mentale, les dispositifs mobilisant l’activité physique ou le sport en milieu professionnel (13), le développement organisationnel, ou le pilotage par les données mais aussi l’analyse du travail réel et la « démocratisation du travail » (14) pourront notamment être analysées comme de possibles leviers de prévention, tout comme leurs conditions concrètes de mise en oeuvre dans les entreprises, les administrations ou les institutions.
L’essor de l’intelligence artificielle constitue également une transformation majeure dans les façons d’analyser, d’organiser et de réguler le travail. Le défi réside désormais dans la capacité à encadrer l’usage de ces technologies à travers la production de normes, de standards et de référentiels garantissant la qualité des interactions entre humains et systèmes numériques. Les contributions pourront notamment questionner le rôle des normes ergonomiques et techniques relatives aux interfaces homme-machine, à l’accessibilité ou à la qualité des systèmes numériques (ISO 9241-110 : 2020 ; ISO/IEC 25010 : 2023), ainsi que les enjeux politiqpolitiques, organisationnels et sociaux liés à leur diffusion.
 

De ces réflexions, cet axe invite également à explorer le rôle des différents acteurs et actrices des transformations du travail : directions, managers, travailleurs et travailleuses, collectifs professionnels, organisations syndicales, acteurs institutionnels, services de santé ou encore acteurs émergents du numérique et du conseil. Comment ces acteurs et actrices envisagent-ils et elles aujourd’hui les régulations du travail face aux mutations contemporaines ? Quels conflits, quels compromis, quelles innovations institutionnelles ou recompositions des rapports de pouvoir dans ces processus ?


Les contributions pourront notamment analyser les capacités d’action, de négociation et de contestation des travailleurs et travailleuses face aux transformations du travail, qu’il s’agisse de leur pouvoir d’agir sur leur environnement professionnel, de leurs possibilités de débattre, proposer, résister ou s’opposer à certaines orientations organisationnelles, techniques ou politiques.

Références

13 J. PIERRE. Le sport en entreprise. Enjeux de sociétés. Paris 2015: Economica collection Connaissance de la gestion ; J. PIERRE & L. PICHOT L. (dirs.). Le sport au travail : Bien-être & management. Octarès Éditions, collection Le travail en débats, série Colloques & Congrès, 2020.
14 Le manifeste pour une démocratie au travail, Collectif Ateliers Travail et Démocratie, La dispute, 2026

Modalités

  • Dans un premier temps : déclaration des intentions

Les auteurs et autrices font part de leur intention de rédiger un article en indiquant dans un format très court : un titre provisoire, un court exposé (entre 5 et 10 lignes) du sujet traité.

  • Dans un 2ème temps : soumission des contributions

Les contributions correspondent à un texte complet qui ne doit pas dépasser 60.000 signes. Les consignes d’écriture : https://journals.openedition.org/chroniquestravail/550
Les articles doivent être accompagnés d'un résumé et de 5 à 6 mots clé, en français et en anglais. Ce résumé présentera les objectifs de la contribution, le cadre d’analyse et méthodologie et les principaux résultats ainsi que son originalité. 

 

Calendrier

  • 1er février 2027

    Date limite de réception des contributions

  • 15 mars 2027

    Réponse du Comité de rédaction aux auteurs et autrices

  • 3 mai 2027

    Retour des versions définitives

  • Décembre 2027

    Publication

Direction et comité de rédaction

Direction de la publication : Stéphanie Moullet

Comité de rédaction : Stéphanie Moullet, Caroline Vanuls, Pascale Chavet, Gauthier Bellagamba, Isabelle Dimiglio et Christine Noel Lemaitre.

(lorsque nécessaire, le Comité a recours à des rapporteurs externes)

Comité scientifique

  • Jessica ATTALI-COLAS, maîtresse de conférences en droit privé, CORHIS, Université Paul Valéry Montpellier III
  • Christophe BARET, professeur des universités en gestion, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Gauthier BELLAGAMBA, épidémiologiste, Ceress EA3279, AMU
  • Thierry BERTHET, politiste, directeur de recherches au CNRS, directeur du LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Paul BOUFFARTIGUE, directeur de Recherche émérite CNRS, sociologue, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Alexis BUGADA, professeur des Universités en droit social, directeur du Centre de Droit Social (CDS), UR901 AMU
  • Pascale CHAVET, enseignante-chercheure en biomécanique du mouvement, Institut des Sciences du Mouvement , UMR7287 AMU-CNRS
  • Mario CORREIA, sociologie du travail, rattaché au LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Vanessa di PAOLA, maîtresse de conférences en économie, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU, directrice du Centre associé régional au Céreq
  • Isabelle DIMEGLIO, maîtresse de conférences en socio-économie du sport, LEST, UMR 7317
  • Arnaud DUPRAY, ingénieur de recherche au Céreq en socio-économie et chercheur associé au LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Céline GASQUET, directrice scientifique, Céreq
  • Jérôme GAUTIÉ, professeur des universités en sciences économiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Baptiste GIRAUD, maître de conférences en sciences politiques, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Arnaud MIAS, professeur des universités en sociologie, Université Paris-Dauphine, IRISSO UMR 7170
  • Ariel MENDEZ, professeure des universités en sciences de gestion, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Claire MORIN, maîtresse de conférences en droit social, CDS, UR 901 AMU
  • Philippe MOSSÉ, directeur de recherches émérite, économiste, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Stéphanie MOULLET, maîtresse de conférences en économie du travail et de l’éducation, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Christine NOËL LEMAITRE, maîtresse de conférences en philosophie, habilitée à diriger des recherches, LTD UR 892, AMU
  • Jean-François PAULIN, maître de conférences en droit privé, université Claude Bernard Lyon 1, UMR 5137 CNRS, Erds-CERCRID
  • Rémy PONGE, maître de conférences en sociologie, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Olivier PUJOLAR, maître de conférences en droit privé, vice-président en charge des Partenariats et desTerritoires, Université de Bordeaux
  • Michel ROCCA, professeur des universités en sciences économiques, Université Grenoble Alpes, CREG EA 4625
  • Caroline VANULS, enseignante-chercheure en droit social, LEST, UMR 7317 CNRS-AMU
  • Pierre-Yves VERKINDT, professeur émérite à l’École de droit, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne
  • Serge VOLKOFF, statisticien, HDR en ergonomie, chercheur affilié au CEET-CNAM

Consignes des Presses universitaires d'Aix-Marseille Université

Pour compléter

Se référer à la liste des sigles, acronymes et abréviations juridiques uniformisés, fournie par le Syndicat national de l’édition :

https://reflex.sne.fr/sites/default/files/guide/Guide-de-redaction-SNE-RefLex-2022-03-18.pdf