La souffrance au travail touche plus d’un salarié-e sur deux. Ce phénomène de masse n’est pas nouveau mais il est largement aggravé par les politiques néolibérales et tranche avec le story telling mis en avant par les directions entreprises qui promeut centralité du bienêtre, formations à la gestion du stress et développement des chief happiness officer et autres chargés de qualité de vie au travail en tous genres.
Rémy Ponge retrace cent ans de luttes contre les souffrances au travail, les batailles des travailleuses et travailleurs, des syndicats, des scientifiques, contre la fatigue nerveuse dans l’après- guerre, aux procès de France Télécom, en passant par les luttes pour la reconnaissance des souffrances psychiques. Il analyse le renouveau des pratiques militantes et interroge la stratégie des organisations syndicales pour politiser à nouveaux frais les luttes au travail.
Auteur:
Rémy Ponge
Sommaire
Prologue.
Introduction.
- Les syndicats, un acteur clé des luttes sociales.
- Les souffrances au travail, un très vieux problème.
- Les syndicalistes, acteurs de la politisation des souffrances au travail.
- Hors des grands soirs, ouvrir la boîte noire des directions syndicales.
- Tenir ensemble pratiques syndicales, science et droit.
- La politisation fragile des souffrances au travail.
Chapitre 1 PREMIÈRE MISE À L’AGENDA SYNDICAL.
LA CGT CONTRE LA FATIGUE NERVEUSE (1945-1967)
- Une approche syndicale limitée de la santé au travail.
- Dénoncer les dégâts du taylorisme.
- Négocier l’indemnisation des victimes du travail.
- Préserver la santé physique des salarié·es.
- Quand les ouvrières et les employées politisent leurs souffrances.
- La taylorisation du travail rend malade.
- Les militants CGT au coeur de la politisation de la fatigue nerveuse.
- Une alliance inédite entre scientifiques et syndicalistes.
- Lutter contre la fatigue nerveuse, un enjeu de syndicalisation.
- Reflux des mobilisations sociales et réorientation stratégique de la CGT.
- Le droit de la réparation, un droit des corps meurtris.
- Conclusion.
Chapitre 2 LES ANNÉES « 1968 ». UN RENOUVEAU DES LUTTES CONTRE LA FATIGUE NERVEUSE (1968-1981).
- Comprendre cette étrange fatigue des ouvrières.
- Une population d’ouvrières à la chaîne en forte croissance.
- Syndicalistes CFDT et ergonomes face à la fatigue nerveuse des ouvrières.
- Faire de la fatigue nerveuse un enjeu syndical.
- Quand le mouvement syndical impose les enjeux de santé dans le champ politique.
- Des responsables confédéraux et des scientifiques militants, chevilles ouvrières de la politisation des souffrances psychiques.
- Renouveler l’approche confédérale CFDT de la santé au travail.
- La direction de la CGT poussée par sa base.
- L’effacement progressif de la fatigue nerveuse.
- Transformations de la structure du salariat et déclin des mobilisations ouvrières.
- De l’analyse à l’action : le défi syndical.
- Les souffrances psychiques, un problème perçu comme féminin.
- La CGT : combattre en priorité le capitalisme.
- Le changement d’orientation politique de la CFDT.
- Conclusion.
Chapitre 3 LUTTER EN TEMPS DE CRISE. DES INITIATIVES SYNDICALES ISOLÉES (1981-1995).
- L’essor du néolibéralisme.
- Une reconfiguration des stratégies confédérales.
- Des responsables techniques peu sensibilisé·es aux souffrances au travail.
- La CGT : des conditions de travail aux conditions d’emploi.
- La CFDT : la santé au travail, un levier de syndicalisation.
- Un profond renouvellement des sciences du travail.
- Des syndicalistes spécialisés, « passeurs » entre les champs scientifique et syndical.
- Les métallos de la CGT contre les souffrances au travail.
- Une difficile lutte collective.
- La Fédération CFDT de la santé contre le burn-out.
- Lutter pour la reconnaissance des souffrances psychiques en maladie professionnelle.
- L’asymétrie des ressources au coeur du système.
- Un patronat fortement mobilisé.
- Un système de tableaux très restrictif.
- Des initiatives syndicales isolées.
- Conclusion.
Chapitre 4 L’AVÈNEMENT DES SOUFFRANCES PSYCHIQUES EN PROBLÈME PUBLIC (1995-2006).
- Repolitiser le stress lié au travail.
- Le stress, un problème individuel ?
- L’invention des « facteurs psychosociaux » de risque.
- Le rôle déterminant des instances internationales.
- L’importation des facteurs psychosociaux de risque dans le champ scientifique français.
- Violences au travail et harcèlement moral.
- Le retour des souffrances au travail dans l’agenda syndical.
- Le réinvestissement de la santé au travail à la CGT.
- Deux organisations syndicales, deux approches des enjeux de santé au travail.
- Une mise à l’agenda syndical par le bas.
- La diffusion de savoirs critiques du travail dans le champ syndical.
- Une tentative syndicale de politiser le harcèlement moral au travail.
- Une coalition d’acteurs mobilisés.
- Coachs, experts, consultants… les tenants de la psychologisation des souffrances.
- Difficultés et tensions d’une action syndicale orientée vers l’écoute des salarié·es en souffrance.
- L’impossible redéfinition des maladies professionnelles.
- Des parlementaires français qui sortent du silence.
- Individu ou travail ? Les causes disputées du stress professionnel.
- Un ministère du Travail très en retrait.
- Les stratégies patronales de production du doute.
- L’invention des maladies multifactorielles.
- Conclusion.
Chapitre 5 UN RENOUVEAU DES PRATIQUES MILITANTES (2006-2025).
- L’invisibilisation des souffrances des classes populaires.
- Le « stress » des cadres, une campagne syndicale de médiatisation réussie.
- « Il faut marquer un point d'arrêt à cette mode du suicide ». L’affaire France Télécom.
- Une stratégie syndicale de publicisation inédite.
- Faire des suicides de salarié·es un objet d’action syndicale.
- Quand l’État dépolitise les souffrances au travail.
- Alimenter les controverses scientifiques pour faire diversion.
- S’appuyer sur ce qui fait consensus… pour ne rien changer.
- Sous la pression médiatique, des responsables politiques qui changent de ton.
- Le procès de France Télécom, des conditions de possibilités exceptionnelles.
- Faire des suicides une « affaire » pénale, le rôle clé de l’inspection du travail.
- Le rôle des syndicats dans le renforcement de la jurisprudence en matière de souffrance au travail.
- Repolitiser le harcèlement moral.
- Les multiples stratégies patronales de répression syndicale.
- Nier, banaliser ou individualiser les souffrances.
- Plonger les syndicalistes dans une « guérilla juridique ».
- Mépris, menaces, harcèlement…une répression à bas bruit.
- De la lutte contre les souffrances psychiques au renouveau du syndicalisme.
- Le retour de la CFDT.
- La construction des pratiques syndicales expertes.
- Domestiquer la question de la réparation des souffrances psychiques.
- Conclusion.
Conclusion COMMENT ÉVITER QUE L’HISTOIRE NE SE RÉPÈTE ?
- Des syndicats au coeur de la politisation des souffrances au travail.
- Remettre la santé au travail au coeur du champ syndical.
- Construire des alliances pour politiser et publiciser les souffrances au travail.
- Construire une plateforme revendicative unitaire pour renforcer le droit syndical.
- Repenser l’action syndicale, en lien avec les instances de représentation du personnel.
- Capitaliser sur les savoirs existans.
- Construire une stratégie syndicale de judiciarisation.
- Lutter contre les souffrances au travail, un enjeu féministe et démocratique.
- Remerciements.